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Cette fois-ci, ce sont les fondateurs de Village Monde, Charles Mony et Isabelle Vitte, qui nous partagent les moments forts de leur exploration riche en découvertes et rencontres en sol éthiopien!

Quel était votre itinéraire en Éthiopie?

Notre itinéraire vers l’Éthiopie a, probablement, commencé dès 1984, alors que le monde entier découvrait les ravages d’une famine extrême dans ce grand pays ! Un vaste élan de solidarité se mobilisait partout dans le monde grâce à de nombreux artistes et la chanson « We are the world we are the children ! »Les Jeunes étudiants, que nous étions alors, ont été marqués à vie par ces évènements: devant tant de souffrance mais aussi devant ce vaste mouvement mondial de solidarité … Plus de 30 ans plus tard, nous avions très hâte de découvrir ce pays mythique avec ses paysages grandioses, sa diversité culturelle et ses richesses. Néanmoins, nous avions quelques appréhensions avant notre départ…et si nos découvertes et nos rencontres n’étaient pas à la hauteur de nos attentes ? Même si la vie reste difficile dans les zones rurales de l’Éthiopie, nous pouvons dire que nous avons été comblés par nos 3 semaines d’exploration.

C’est à pied, dans le Tigray, au nord du pays, qu’a commencé notre itinéraire village par village à la rencontre de communautés, coupés du monde, vivant en zones montagneuses. Que de belles découvertes : des successions de hauts plateaux culminant à plus de 2 500 m d’altitude et de vallées verdoyantes et fleuries (nous étions à la fin de la saison des pluies), des églises datant de plusieurs siècles cachées dans les falaises et un réseau de gites de montagne communautaires nous accueillant à la fin de chacune de nos journées de trek . Après quelques jours seulement, nous avions complètement déconnecté et vivions au rythme du pays

Nous avons ensuite poursuivi notre route et découvert successivement différentes régions toutes aussi exceptionnelles les unes que les autres: les pics majestueux des Siemens avec des paysages à couper le souffle à l’ouest, les hauteurs de Lalibela un jour de marché à l’est, puis en poursuivant notre voyage vers le sud, nous avons séjourné au bord de l’immense lac Tana où vivent de nombreux oiseaux multicolores, dans les Smoke Mountains pendant les cérémonies du Meskel, et enfin nous sommes arrivés dans le grand sud: la vallée de l’Omo aussi belle qu’insolite et surtout pleine de contradictions pour un voyageur en quête d’inconnu …

Avez-vous quelques conseils et astuces pour quelqu’un qui souhaite sortir des sentiers battus?

L’Éthiopie, elle-même, est une destination hors des sentiers battus ! 

Pour plonger réellement au coeur de l’authenticité de ce pays, c’est à pied qu’il faudra le parcourir. Sortir des axes principaux, quitter non seulement les routes en mauvais asphalte mais aussi les nombreuses pistes de terre… et, ainsi, au détour d’un sentier, après le passage d’un col ou en longeant un ruisseau asséché, vous découvrirez, au rythme de la marche, les véritables richesses de l’Éthiopie et ferez des rencontres uniques.

Accompagnés d’un guide local pour faciliter les échanges avec la population et d’un « donkey » pour porter vos quelques bagages, vous aurez le plaisir de vous immerger dans un mode de vie rural, dans des régions sans auto, sans eau, ni électricité où tout le monde se déplace à pied : le très jeune gardien pour aller faire paître son troupeau; les écoliers pour rejoindre des écoles souvent à plus d’une heure de leur ferme… tout le monde marche, les enfants, les adultes, les personnes âgées, les hommes et les femmes. Ils marchent pour aller cultiver quelques parcelles de terre souvent arides, pour aller chercher de l’eau, pour aller au marché et vendre une poignée d’oignons, de céréales ou de miel d’acacia, portant de lourdes charges ou accompagnés d’un âne, leur fidèle compagnon, pour transporter les plus lourdes (bois, eau, herbe, céréales). On comprend mieux pourquoi les Éthiopiens sont les champions de la course à pied!

Quel a été votre coup de coeur lors de l’exploration en Éthiopie?

Pas facile de choisir, tellement nous avons découvert des lieux différents et fantastiques…c’est peut-être au village de Mequat Maryam dans un petit gite communautaire, surplombant la vallée, avec une vue exceptionelle sur les montagnes environnantes que nous avons eu notre coup de coeur. On y accède après quelques heures de marche traversant des cols montagneux, des vallées aux innombrables tons de vert parsemées de quelques chutes d’eau, et de multiples plateaux cultivés ! 

L’accueil de la communauté y est très agréable. Nous avons pu partager quelques moments magiques dans ce village où, à chaque détour du chemin, coincé entre des murs de pierre, se cachent de petites maisons souvent faites d’une ou deux pièces seulement et où vit, ensemble, toute la famille, enfants, parents et grand-parents, ainsi que quelques têtes de bétail (vaches, moutons et chèvres). Nous avons été accueillis par une de ses familles et avons partagé, avec elle, des graines de blé qui ont été grillées, au feu de bois, feu qui se fait à même le sol, devant nous et nous ont été offertes en signe de bienvenue.

La petite histoire veut que Bratt Pitt est venu en 2004 et serait tombé en amour avec ce lieu unique.

Lors de votre séjour,il y a certainement eu de belles rencontres. Qui sont les gens qui vous ont le plus marqués ?

C’est probablement ce jeune couple Abey et Valérie, qui nous ont accueillis au Mulu Ecolodge, l’initiative de tourisme durable qu’ils ont développée dans le village dont Abey est originaire.

Tout commence quand Abey, gradué en informatique et tourisme, décide de rentrer dans son village, alors que la plupart des jeunes gradués quittent la région pour trouver du travail en ville. La vie est dure dans ces petites communautés des Choke Mountains à 2 heures en 4×4 de la route principale. Abey est très vite rejoint par Valérie, tombée en amour de l’Éthiopie et ils décident ensemble alors d’ouvrir un petit écolodge et de s’impliquer dans l’amélioration des conditions de vie de leur communauté tout en recevant des voyageurs et volontaires pour leur faire découvrir ces lieux uniques coupés du monde.

En plus, nous avons eu le plaisir d’être accueillis au Mulu Ecolodge le jour de la fête du Mesquel, fête traditionnelle éthiopienne et nous avons eu l’immense privilège d’être invités aux célébrations avec toute la communauté. Les festivités commencent au coucher du soleil et durent toute la nuit et la journée qui suit ! Chants et danses autour du feu, partage de la bière locale, du ariki (alcool maison), de l’injera (crêpe locale) et autres plats traditionnels. Sans oublier, les nombreux souhaits que chacun se fait.

Quels sont les enjeux du tourisme de masse en Éthiopie?

C’est complètement dans le sud de l’Éthiopie, et plus particulièrement dans la vallée de l’Omo, à la rencontre des communautés (appelées les tribus), dans des zones oubliées du temps, que nous avons pu mesurer, le plus, les dégâts du tourisme de masse… Un tourisme incontrôlé, où, avec la complicité des grands tours operators et même des guides et agences locales, ces petites communautés fragiles sont mises en contact avec des hordes de touristes qui débarquent en 4×4, prennent des photos sans aucun respect pour leurs hôtes et repartent au bout d’une trentaine de minutes avec quelques clichés qu’ils pourront mettre sur les réseaux sociaux…

Les modes de vie de ces communautés sont tellement insolites et hors du temps qu’il est difficile, en tant que voyageurs , de résister à ce piège, qui s’apparente rapidement à du voyeurisme. Aussi, les besoins de ces communautés sont si grands que, pour quelques pièces, ils sont prêts à se mettre en scène …

Mais la situation n’est pas aussi sombre et il existe des initiatives de tourisme plus respectueux et durable, dignes de mention. L’écolodge Dorze, proche de Arba Minch et dont les huttes traditionnelles ont une vue imprenable sur la vallée, est géré entièrement par les jeunes du village. Le Kizo lodge, à Turmi, créé par un membre de la communauté Karo et dont les profits sont versés à l’association « Omo Child », qui vient en aide aux orphelins. Aussi des séjours, de plusieurs jours, ont été développés dans les communautés Hammers et Mursis, plus éloignées, qui ne sont accessibles qu’en bateau et qui permettent un contact plus authentique et respectueux entre la communauté et le voyageur. 

Même si cela reste fragile, ces initiatives nous permettent de garder espoir pour qu’un tourisme durable continue à se développer dans le Sud de l’Éthiopie.

Ces destinations uniques seront disponibles très bientôt sur Vaolo!
Pour lire d’autres portraits de voyage, parcourez la section les éclaireurs et portraits de voyage de notre blogue.

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